Malgré l'arsenal complet dont dispose la médecine pour éradiquer le
cancer du col de l'utérus, grâce à un vaccin anti-Papillomavirus humains
(HPV) et un examen de dépistage d'une grande efficacité, cette maladie
continue de provoquer près de 1 000 décès évitables chaque année en
France. La principale cause de cette tragédie n'est pas médicale, mais
bien organisationnelle : 40% des femmes ne participent pas au dépistage,
non par manque d'intérêt, mais en raison de difficultés d'accès, d'un
déficit d'information et d'un manque d'accompagnement. Cette inégalité
est d'ailleurs confirmée par une étude de la DRESS de juin 2026,
révélant des diagnostics significativement plus tardifs pour le cancer
du col de l'utérus, comme pour d'autres cancers dépistables, chez les
populations les plus modestes. Pourtant, ce cancer d’évolution lente
(10-20 ans) est largement évitable s’il est dépisté à temps.
Le tandem vaccination-dépistage demeure sous-exploité.
La vaccination contre les Papillomavirus humains à haut risque offre une
protection robuste contre les souches responsables du cancer du col,
tandis que le dépistage (cytologique chez les femmes de 25-29 ans et par
PCR HPV chez les femmes de 30-65 ans, tous les 5 ans), permet
d'intercepter les lésions précancéreuses avant leur évolution vers le
cancer. Partout où ces outils ont été déployés à grande échelle, les
succès sont retentissants et sans équivoque. L’Australie, engagée dans
une politique de vaccination massive depuis 2007, a déjà atteint le
seuil d’élimination défini par l’OMS, avec moins de 4 cas pour 100 000
femmes. Le Royaume-Uni et la Suède suivent une trajectoire similaire
pour leurs populations vaccinées.
L’Organisation mondiale de la santé fixe un objectif d’élimination à
l’horizon 2030, reposant sur trois cibles : vacciner 90% des jeunes
filles, dépister 70% des femmes et assurer la prise en charge de 90% des
cas détectés. La France dispose aujourd’hui de tous les leviers pour
s’inscrire dans cette dynamique. Atteindre un taux de couverture du
dépistage de 80% permettrait de réduire de 30% l’incidence et la
mortalité en dix ans. Un tel objectif suppose une mobilisation
collective ambitieuse et une transformation du parcours de soins, afin
que chaque contact avec un professionnel de santé devienne une véritable
opportunité de prévention.
Renforcer la prévention : les propositions de la biologie médicale
Forte de son maillage territorial et de ses 500 000 contacts quotidiens
avec les patients, la biologie médicale, en coordination avec les autres
professionnels, représente un levier colossal pour la prévention. A
condition de lui en donner l’opportunité. Les professionnels de la
biologie médicale proposent une stratégie en quatre axes pour un
parcours de soins sans "occasion manquée" :
- La priorité est d'ouvrir l'accès à une information en temps réel pour les soignants via un "module d'éligibilité" national
interrogeable en téléservice et intégrable aux logiciels métiers et à
Mon Espace Santé, sans lequel les lacunes du dépistage demeurent
invisibles.
- Ensuite, de mettre en place un parcours de dépistage individuel et coordonné
: dès qu'une patiente est identifiée comme non dépistée, le personnel
qualifié du laboratoire pourrait immédiatement lui proposer un
prélèvement cervico-utérin ou un kit d'auto-prélèvement vaginal, et
intégrer des messages de prévention ciblés sur les comptes-rendus de
résultats. Les biologistes médicaux pourront orienter les patientes dans
le parcours de soins en cas de positivité.
- Pour atteindre les femmes les plus isolées, les professionnels
de santé et structures de santé, dont les laboratoires font partie,
doivent se muer en points de dépôt pour les kits d'auto-prélèvement
envoyés par voie postale. Dans cette organisation, les
laboratoires, cabinets médicaux, sages-femmes, structures
d’anatomopathologie et officines situés dans les zones les plus fragiles
jouent un rôle déterminant.
- Enfin, il est essentiel de vacciner à chaque opportunité
: les laboratoires, qui reçoivent quotidiennement des publics ciblés
par la vaccination, doivent être autorisés à prescrire, administrer et
stocker les vaccins HPV, tirant parti de leurs compétences existantes
(chaîne du froid, traçabilité, personnel formé) pour une vaccination
opportuniste et sans consultation additionnelle.
Comme le souligne François Blanchecotte, Président de la Fédération de
la Biologie Médicale : « Le cancer du col de l'utérus ne doit plus être
une fatalité en France. L'exemple australien, comme celui de nombreux
autres pays, démontre que son éradication est à portée de main. Les
laboratoires de biologie médicale sont prêts à devenir un pilier de
cette stratégie nationale ; il reste désormais à leur donner les moyens
d'agir. »
Les clefs de la réussite sont claires : des filières locales solidement
structurées pour dépister plus largement, repérer plus efficacement les
lésions précancéreuses, et prendre en charge rapidement les cas
positifs, et l'ouverture de la vaccination avec stockage au sein des
laboratoires pour vacciner plus largement la population afin d’éradiquer
plus efficacement les virus HPV. Il incombe désormais aux pouvoirs
publics de lever ces obstacles et de transformer cette vision en
réalité.
https://www.sjbm.fr/communiques/communiques/lutter-contre-le-cancer-du-col-de-luterus-la-fbm-appelle-a-passer-a-la-vitesse-superieure-dans-la-prevention