L’URPS Médecins
Libéraux AuRA propose un dispositif innovant pour rapprocher médecins et
scientifiques : le Laboratoire participatif de recherche en santé. En
mutualisant savoirs et expériences, cette démarche vise à construire une
recherche davantage ancrée dans les réalités du terrain et à produire
des connaissances directement utiles à la pratique médicale comme aux
patients.
Aux origines de l’initiative
L’URPS (Union Régionale des Professionnels de Santé) Médecins
Libéraux assure la représentation de la profession auprès des autorités
sanitaires, telles que l’Agence Régionale de Santé (ARS) ou la
Conférence Régionale de la Santé et de l’Autonomie (CRSA), tout en
portant des projets de santé et en défendant les intérêts des
professionnels. Financée par les cotisations URSSAF des 14 500 médecins
libéraux d’Auvergne-Rhône-Alpes, l’URPS s’appuie sur 60 médecins élus
et une équipe salariée.
C’est dans ce cadre qu’est né le projet de Laboratoire participatif
de recherche en santé, à l’initiative du Dr Jean-François
Costemale-Lacoste. À la fois chercheur en neurosciences au sein d’une
équipe Inserm et médecin libéral, il fait le constat que la médecine de
ville demeure encore peu étudiée par la recherche scientifique.
Souhaitant rapprocher ces deux mondes, il imagine un réseau de médecins
volontaires capables de collaborer avec des équipes de recherche, pour
conduire des études directement ancrées dans la réalité des cabinets
médicaux.
L’URPS lui apparaît alors comme le cadre le plus pertinent pour
porter ce projet, en raison de sa représentativité et de sa mission de
valorisation de l’exercice libéral. Développé progressivement au sein de
la structure, le Laboratoire participatif a été officiellement lancé en
décembre 2023. Aujourd’hui, près de 320 médecins de la région ont
manifesté leur intérêt pour rejoindre l’initiative.
Etude COBALT - webinaire info mai 2026 ©URPS Médecins Libéraux AuRA
Du concept à la pratique
Le Laboratoire participatif de recherche en santé s’appuie sur une
équipe opérationnelle composée du dr Danièle Chappuis, médecin
généraliste, du Dr Jean-François Costemale-Lacoste, psychiatre,et de 2
chargées de mission de l’URPS, Adeline Loiseau et Fanny Thenard. Elle
est accompagnée par un comité scientifique réunissant une quinzaine de
membres issus d’horizons complémentaires – scientifiques/chercheurs,
médecins libéraux, patient-e-s et représentant-e-s d’associations de
patients – et qui a pour mission de veiller au respect des principes
fondateurs du dispositif, en approuvant ou non les projets, en apportant
des conseils de développement etc.
Jouant un rôle d’interface entre les médecins libéraux et les équipes
de recherche, le Laboratoire participatif facilite la rencontre entre
les problématiques du terrain et les compétences scientifiques
nécessaires pour les étudier. Le scénario le plus courant commence
lorsqu’un médecin identifie une question clinique récurrente dans sa
pratique et la soumet à l’URPS. L’équipe recherche alors un partenaire
académique capable d’y répondre et accompagne la construction d’un
protocole de recherche adapté aux réalités du terrain. Des webinaires
d’information et de formation peuvent ensuite être organisés afin de
recruter les praticiens volontaires et d’affiner les modalités de
l’étude. Les inclusions de patients sont réalisées dans le respect des
règles éthiques et des procédures d’anonymisation en vigueur et les
promoteurs sont les acteurs habituels de la recherche en France (CHU,
Universités, unité INSERM …).
À l’inverse, certaines initiatives peuvent être portées directement
par des équipes de recherche souhaitant s’appuyer sur le réseau des
médecins libéraux. Dans ce cas, un premier temps d’échange permet de
confronter le projet aux contraintes de terrain et d’adapter le
protocole avant son lancement.
Parmi les projets actuellement menés figure une étude consacrée à la
comorbidité entre les troubles bipolaires et le trouble du déficit de
l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Cette problématique revêt
une importance particulière, certains traitements pouvant améliorer
l’un de ces troubles tout en aggravant l’autre. Le projet est né d’une
réflexion portée par un médecin libéral de la région, auquel l’URPS a
répondu en mobilisant l’équipe de neurosciences PSYR2 du Centre
Hospitalier Le Vinatier et le service ECLAH (Equipe de Coordination
Lyonnaise du TDAH).
Au-delà de ce projet, le Laboratoire participatif collabore déjà avec
plusieurs équipes de recherche régionales dans le cadre de diverses
études. Parmi elles figurent l’équipe du Pr Béatrice Fervers, au Centre
Léon Bérard, pour explorer les facteurs de risque du cancer du pancréas
en AuRA, celle du Dr Romain Ligneul au Centre de Recherche en
Neurosciences de Lyon sur des projets de neuro-imagerie et cognition,
ainsi que différentes équipes de santé publique et de prévention à Lyon
et Saint-Étienne. Ces collaborations témoignent de la diversité des
thématiques abordées et de la volonté à en faire émerger d’autres.
Labo participatif URPS - Soiree 2025 ©URPS Médecins Libéraux AuRA
Mobiliser les médecins libéraux
Alors qu’environ un Projet Hospitalier de Recherche Clinique (PHRC)
sur deux n’aboutit pas faute d’un nombre suffisant de participant-e-s,
l’implication des médecins libéraux apparaît comme un levier majeur pour
lever cet obstacle. Dans cette perspective, le Laboratoire participatif
de recherche en santé s’attache à mobiliser durablement les praticiens
et praticiennes d’Auvergne-Rhône-Alpes, en les accompagnant à chaque
étape de leur engagement. Cet accompagnement passe notamment par une
information régulière sur les projets en cours, une aide à la
sensibilisation des patient-e-s et un soutien dans les démarches liées à
la recherche.
Pour autant, intégrer les médecins libéraux à une démarche
scientifique représente un véritable changement de culture. Leur
activité quotidienne, rythmée par un enchaînement de consultations,
laisse peu de place à des tâches complémentaires. Les protocoles doivent
donc être conçus pour s’intégrer naturellement à la pratique clinique,
grâce à des outils de recueil de données simples, rapides et
ergonomiques. Cette démarche implique également de reconnaître
pleinement la richesse de leur expertise de terrain, encore
insuffisamment prise en compte par la recherche académique. Enfin, la
temporalité propre à la recherche, dont les résultats peuvent mettre
plusieurs années à émerger, contraste avec l’immédiateté des soins.
Maintenir l’engagement des praticien-ne-s dans la durée nécessite donc
une rémunération en plus pour leur participation aux projets de
recherche.
JF Costemale-Lacoste - Biotuesdays 2026 ©BIOTUESDAYS Métropole de Lyon
Faire grandir le dispositif
Après deux années et demie d’existence, le Laboratoire participatif
de recherche en santé aborde une nouvelle phase de son développement.
L’enjeu principal est de démontrer pleinement la pertinence du modèle.
Le lancement récent de la première étude issue du terrain, consacrée à
la comorbidité entre trouble bipolaire et TDAH, constitue à ce titre une
étape clé. Au-delà de la production de publications scientifiques,
cette recherche devrait générer des données inédites et contribuer à
valider l’intérêt de l’approche participative en médecine libérale.
Le Laboratoire participatif ambitionne également d’élargir son réseau
de praticien-ne-s et de scientifiques impliqués dans la démarche. Si
les premiers projets concernent principalement la médecine générale, la
psychiatrie, la gastro-entérologie et la chirurgie digestive, l’objectif
est d’étendre cette méthodologie à un plus grand nombre de spécialités
médicales. Cette dynamique passe aussi par un renforcement des
partenariats scientifiques sur le territoire Auvergne-Rhône-Alpes, dans
le but de rapprocher les lieux d’inclusion des populations concernées
par les études.
À terme, l’ambition est de faire émerger un véritable réseau national
de recherche participative en santé, en inspirant d’autres URPS à
s’approprier cette démarche. Le Laboratoire participatif entend ainsi
contribuer à une meilleure connaissance de la médecine libérale et des
réalités de terrain à l’échelle du territoire français. En plaçant
médecins et patients au cœur de la production de connaissances, il
défend une vision de la recherche plus collaborative, plus ancrée dans
la pratique et plus proche des besoins de santé.
Pour en savoir plus :
URPS Médecins AuRA - Laboratoire participatif
Jean-François Costemale Lacoste
laboratoire-participatif@urps-med-aura.fr
https://labo-participatif-sante.fr/
J S. Lopes
© La Gazette du Laboratoire