[ASCO 2026] UNE CARTOGRAPHIE INÉDITE DES TUMEURS POUR GUIDER LE CHOIX DES TRAITEMENTS PAR ANTICORPS CONJUGUÉS
France
06/03/2026
Villejuif, le 1er juin 2026 - Le Pr Antoine Italiano, oncologue médical
et responsable du programme de médecine de précision de Gustave Roussy, a
présenté lors du congrès de l’ASCO les résultats d’une étude consacrée à
la cartographie de plusieurs protéines dans des centaines
d’échantillons tumoraux. Ces protéines correspondent aux cibles des
anticorps conjugués (ADC), une nouvelle génération de traitements
associant la précision des anticorps à l’efficacité de la
chimiothérapie. Grâce à cette approche, les médecins ambitionnent de
proposer l’ADC le plus adapté au profil tumoral de chaque patient, dans
une démarche de médecine de précision.
Abstract n° 3004 présenté à l’oral par le Pr Antoine Italiano le lundi 1er juin à 9 h 12 UTC-5.
Les anticorps conjugués (ADC) sont une nouvelle classe thérapeutique qui
a transformé la prise en charge de certains cancers solides et
hématologiques au cours des cinq dernières années. Ils combinent un
anticorps ciblant une protéine exprimée à la surface des cellules
cancéreuses à une chimiothérapie. Après son injection au patient, l’ADC
va se fixer sur les cellules cancéreuses exprimant la cible et être
internalisé par la tumeur. La molécule de chimiothérapie est alors
libérée, détruisant les cellules malignes. Cette approche ciblée
augmente l’efficacité du traitement, tout en réduisant les effets
secondaires de la chimiothérapie.
Quatorze ADC sont aujourd’hui autorisés pour traiter plusieurs types de
cancers en Europe, et près de 400 sont en développement clinique.
Cependant, de nombreux patients ne répondent pas encore à ces
traitements ou vont développer une résistance dans le temps, limitant
leurs bénéfices thérapeutiques.
« Nous disposons aujourd'hui d'un grand nombre d'ADC, mais nous
connaissons encore mal le niveau d'expression des protéines ciblées au
sein de la tumeur de chaque patient. Nous ignorons également si une même
cellule cancéreuse peut exprimer simultanément plusieurs de ces
protéines, ce qui permettrait de la cibler avec différents anticorps
conjugués », souligne le Pr Antoine Italiano.
Une cartographie des tumeurs
L’étude dévoilée au congrès de l’ASCO, promue par Gustave Roussy, permet
d’apporter un éclairage sur ces interrogations. Au total, 250
échantillons tumoraux de l’étude STING ont été traités dans ces travaux,
regroupant majoritairement des cancers du poumon, mais aussi des
tumeurs de la vessie, de l’endomètre et de l’estomac.
Ces échantillons ont ensuite été analysés grâce à la technique de
l’immunofluorescence multiplexe sur des lames d’anatomopathologie, qui
permet de révéler la protéine recherchée par émission de fluorescence.
L’objectif ? Déterminer, parmi les échantillons analysés, lesquelles des
huit protéines étudiées étaient majoritairement exprimées par les
cellules cancéreuses en fonction du type de cancer, ainsi que leur
répartition dans la tumeur.
Les résultats démontrent une grande hétérogénéité des profils
d’expression des protéines par les cellules cancéreuses chez un patient
donné, mais aussi entre patients. Certaines combinaisons sont par
ailleurs plus fréquentes dans certains cancers que dans d’autres. Cette
hétérogénéité a une implication clinique directe : pour un patient
donné, certaines combinaisons d'ADC seront plus pertinentes que
d'autres, en fonction du niveau d’expression des protéines présentes à
la surface de ses cellules tumorales.
Des possibles combinaisons ADC/immunothérapie
Les chercheurs se sont également intéressés à l’environnement autour de
la tumeur, qui peut influencer sa réponse aux traitements. En croisant
ces informations avec l’expression des protéines ciblées, ils ont mis en
évidence, chez certains patients, des associations inédites. Ces
résultats semblent indiquer que certaines tumeurs pourraient être plus
sensibles à des stratégies combinant anticorps conjugués et
immunothérapie.
« Ces travaux suggèrent qu’il est possible, pour chaque patient, de
savoir précisément où dans la tumeur et dans quelle proportion chaque
protéine cible est exprimée. Deux patients atteints du même type de
cancer peuvent présenter des profils d'expression radicalement
différents et donc bénéficier d'ADC différents. C'est toute la force de
cette approche : elle nous donne une analyse extrêmement précise de la
tumeur, nous permettant de raisonner patient par patient, plutôt que
cancer par cancer. C'est cette démarche qu'il faudra systématiser à
l'avenir pour prescrire les ADC de manière vraiment éclairée », souligne
le Pr Antoine Italiano.
Un engagement en faveur du développement des ADC
Ces travaux s'inscrivent dans un effort de recherche plus large mené à
Gustave Roussy pour faire des anticorps conjugués le prochain pilier de
la médecine de précision en oncologie.
Au sein du département de biologie et pathologie médicales, la
plateforme de Pathologie Expérimentale et TRAnslationnelle (PETRA)
dispose déjà des équipements nécessaires qui pourraient permettre un
profilage des cibles d’ADC pour guider la thérapeutique des patients. Le
département d’innovation thérapeutique et des essais précoces (DITEP)
de l’Institut développe une approche complémentaire dans une étude
inédite : à partir de biopsies fraîches, une analyse par cytométrie
permettra de connaître, le jour du prélèvement, le niveau d’expression
des protéines cibles présentes dans la tumeur du patient.
Ces avancées convergent vers le programme européen OASIS dirigé par la
Dr Barbara Pistilli et coordonné par Gustave Roussy. Il a pour ambition
de concevoir des tests compagnons et un outil numérique d'aide à la
décision, l'OASIS score, combinant données cliniques, biologiques et
radiologiques pour prédire l'efficacité des ADC et leurs toxicités, et
ainsi orienter chaque patient vers le traitement le plus adapté à sa
tumeur.
Abstract n°3004
Analysis of spatial atlas of ADC targets in immunotherapy-treated NSCLC
to link compartment-specific target expression with tumor immune
contexture, clinical outcome, and on-treatment remodeling.
Oral abstract session présentée par le Pr Antoine Italiano.
Lundi 1er juin 2026 | 9 h 12 UTC-5.
À propos de Gustave Roussy
Classé premier centre français, premier européen et sixième au niveau
mondial, Gustave Roussy constitue un pôle d’expertise globale
entièrement dédié aux patients vivant avec un cancer. L’Institut est un
pilier fondateur du biocluster en oncologie Paris-Saclay Cancer Cluster.
Source d'innovations thérapeutiques et d'avancées diagnostiques,
l’Institut accueille chaque année plus de 54 000 patients dont 2 760
enfants et adolescents et développe une approche intégrée entre
recherche, soins et enseignement. Expert des cancers rares et des
tumeurs complexes, Gustave Roussy traite tous les cancers, à tous les
âges de la vie. Il propose à ses patients une prise en charge
personnalisée qui allie innovation et humanité, où sont pris en compte
le soin mais aussi la qualité de vie physique, psychologique et sociale.
Avec 4 000 salariés répartis sur deux sites, Villejuif et
Chevilly-Larue, Gustave Roussy réunit les expertises indispensables à
une recherche de haut niveau en cancérologie ; 40,5 % des patients
traités sont inclus dans des études cliniques.
Pour en savoir plus sur Gustave Roussy et suivre les actualités de l’Institut : www.gustaveroussy.fr