Une équipe de scientifiques de l’Université de Lille,
d’Imperial College de Londres, du CNRS, de l’Inserm, du CHU de Lille et
de l’Institut Pasteur de Lille vient de faire une découverte surprenante
: le vieillissement du pancréas ne suit pas, comme on le pensait, un
déclin désordonné, mais au contraire constituent un processus très
organisé et lié à des mécanismes épigénétiques finement régulés (qui
modifient l’activité des gènes sans changer la séquence de l’ADN). Alors
que le pancréas s’adapte au fil du temps afin de maintenir la
production d’insuline et l’équilibre glycémique, en situation de diabète
avéré, l’épigénétique entraine un dysfonctionnement majeur des cellules
pancréatiques des patients, ce qui peut aggraver la maladie. Cette
étude, dirigée par le Dr Amna Khamis et le Pr Philippe Froguel et
publiée dans Nature Communications, ouvre de nouvelles perspectives pour
mieux comprendre mais aussi prévenir le diabète.
Mais que se passe-t-il réellement dans notre pancréas avec l’âge ?
Pour le comprendre, les chercheurs lillois ont étudié des cellules
spécialisées, les îlots pancréatiques, qui produisent l’insuline et
régulent le taux de sucre dans le sang. Ils se sont intéressés à
l’épigénétique, c’est-à-dire aux modifications du fonctionnement de nos
gènes liées à l’environnement qui ne changent pas la structure de l’ADN.
Leurs résultats révèlent un phénomène inattendu : avec l’âge, le
pancréas suit un véritable « programme » biologique. Certaines zones de
l’ADN subissent des méthylations, petites modifications qui influencent
l’activité des gènes voisins. Loin d’être aléatoires, ces changements se
concentrent sur des zones essentielles au bon fonctionnement des
cellules pancréatiques et à la production d’insuline. Ainsi le
vieillissement, jusqu’à un certain point, n’est pas obligatoirement un
naufrage mais un processus adaptatif qui aide à maintenir la santé
métabolique.
Les chercheurs lillois ont aussi analysé les cellules pancréatiques
de personnes atteintes de DT2. Et là, le tableau des variations
épigénétiques et leur traduction sur le génome était très différent :
contrairement au vieillissement normal, le diabète perturbe de manière
catastrophique et non organisée des gènes essentiels à la sécrétion de
l’insuline. Pire, le diabète provoque via les perturbations épigéniques,
un stress cellulaire, une inflammation, une perte d’identité cellulaire
profonds. Ce qui pourrait expliquer pourquoi la maladie s’aggrave avec
le temps et pourquoi de nombreux patients résistent aux traitements,
avec comme seul recours les piqûres d’insuline.
Comment identifier les patients diabétiques à risque d’évolution
défavorable ? Pour répondre à cette question, les chercheurs lillois ont
mis au point un « score » permettant d’estimer l’âge biologique du
pancréas. Réalisé à partir de marqueurs épigénétiques présents dans le
sang, ce score reflète la capacité des cellules à produire de l’insuline
et améliore la détection du risque de diabète lorsqu’il est associé aux
données génétiques.
En reflétant l’impact de notre mode de vie et notre environnement au
fil du temps, ce score épigénétique pourraient servir de signal d’alerte
précoce pour identifier les personnes à risque d’apparition de la
maladie, et donc aiderait à mettre en place des mesures efficaces de
prévention. Cette étude suggère un changement de perspective sur le DT2 :
plutôt que de s’intéresser uniquement à la maladie constituée, il faut
comprendre les mécanismes du vieillissement qui la précèdent, pour aider
à éviter la maladie.
« Mieux préserver l’équilibre du pancréas au fil des années
pourrait permettre d’agir plus tôt, avant que des dommages irréversibles
ne s’installent » conclut Philippe Froguel.
Communiqué de presse en ligne